La perte de poids est-elle (toujours) grossophobe ?

Est-ce que perdre du poids, c’est toujours grossophobe… ? S’il est une question sur laquelle il existe un choc des idées et des mentalités, c’est bien celle-là.

Olivier Bernard (le Pharmachien) en a d’ailleurs parlé pendant une de ses récentes émissions. Il y dénonçait avoir vu sur les réseaux sociaux une militante qui disait que oui, toute perte de poids est grossophobe, sans exception.

L’objectif de ce billet n’est pas de forcer qui que ce soit à se lancer dans un mea culpa. On veut plutôt encourager une réflexion, personnelle et collective, sur les vraies raisons qui se cachent derrière le choix de se lancer dans un processus d’amaigrissement.


La perte de poids motivée par la grossophobie

Il y a des cas plus évidents que d’autres. Une personne qui perdrait du poids pour des raisons purement esthétiques, par exemple. Ou qui croit que le seul fait de perdre du poids rend une personne « plus en forme ». Ou plus respectable en société.

Ce ne sont pas les cas les plus difficiles à repérer.

Le défi réside surtout dans les motifs inconscients / subconscients qui peuvent motiver la perte de poids. Pourquoi ? Parce que ces motifs ne sont pas… conscients. Toutes les personnes ont des biais inconscients / subconscients. Et les biais grossophobes peuvent en faire partie. (Ils constituent d’ailleurs une bonne part de ce que l’on désigne comme la grossophobie internalisée.) 

Même si le motif « officiel » invoqué pour expliquer la perte de poids est la santé, il n’est pas rare que, consciemment ou pas, ce n’est pas vraiment le facteur numéro un qui motive le geste. Qu’au fin fond de  de soi, c’est pas la cloche de la santé qui sonne le plus fort…

Il est extrêmement difficile, même avec les meilleures intentions, de pouvoir admettre hors de tout doute que la grossophobie,  la culture de la diète ou le culte de la minceur, n’y sont pour absolument rien derrière le choix ou le désir de maigrir.

Certain(e)s n’admettront pas leur(s) biais grossophobe(s) conscient(s). (Pour diverses raisons.) D’autres ne sont tout simplement pas en mesure de le(s) constater, car ils/elles ne sont tout simplement pas au courant de leur présence.

La tête vs. le corps

La composante psychologique peut être extrêmement forte dans le désir de perte de poids. D’ailleurs, une perte de poids qui serait motivée uniquement par des facteurs psychologiques a de fortes chances de s’avérer grossophobe…

Réaliser que l’on a fait des choix édictés par la culte de la minceur et/ou la diet culture est un constat qui peut s’avérer consternant. Particulièrement si la grossophobie vient à l’encontre de ses valeurs personnelles. À cela, on peut répondre que la simple capacité de tirer ce constat sur soi est signe d’une honnêteté intellectuelle digne de mention. Et d’un réel désir de comprendre, voire de changer les choses.


La perte de poids non-motivée par la grossophobie

Il existe quand même des cas où une perte de poids peut-être motivée uniquement par la santé et le bien-être et ce, sans motivation grossophobe. Dans le cas de certaines maladies ou affections, la perte de poids peut parfois s’avérer une approche thérapeutique prouvée efficace. (Mais c’est rarement la seule et/ou la plus efficace.) Mais, si on est vraiment honnête avec soi-même, on réalise que les cas qui relèvent à 100% d’une approche thérapeutique dans une perspective de santé sont extrêmement rares.

Rappel important : la perte de poids est loin d’être une solution miracle qui contribue à l’amélioration de tous les problèmes de santé. Un(e) professionnel(le) de la santé qui, sans la moindre investigation, « prescrit » la perte de poids à un(e) patient(e) gros(se) fait probablement preuve de grossophobie médicale.

Dans tous les cas, toute personne peut bénéficier de développer et maintenir des saines habitudes de vie. D’inclure, dans la mesure du possible, de faire de l’activité physique et d’une alimentation à la fois équilibrée et satisfaisant à son quotidien. Et cela n’a pas besoin d’être effectué dans une perspective de perte de poids pour être bénéfique… !


Des constats difficiles… mais nécessaires.

La culture de la diète et le culte de la minceur sont fortement implantés dans la culture et la société. Il est normal d’avoir assimilé les concepts et idéaux qui en relèvent. De plus, la santé et la minceur sont toujours très fortement associées, tant chez le grand public que dans la profession médicale ou scientifique.

Se lancer dans un processus d’examen de conscience pour comprendre les raisons qui motivent son désir et/ou ses tentatives de maigrir peut être ardu. Périlleux même. S’imposer de se confronter à ses biais peut être un long processus. Dans certains cas, cela pourrait être difficile. Délicat même. Ce n’est pas une option qui soit accessible à toutes et à tous (du moins, sans l’encadrement d’un(e) thérapeute détenant les qualifications pertinentes).

C’est tout de même une réflexion qui mérite d’être faite.

Pour que l’on réalise qu’une grande part de ces unes de magazine et entrevues-chocs à grands coups de « je le fais pour ma santé » ne sont peut-être pas aussi authentique qu’on veut bien nous le laisser croire…

Une personne peut vouloir perdre du poids pour des raisons grossophobes. Il faut être capable de l’admettre, de l’assumer. Si le fait d’avoir des comportements ou des croyances grossophobes, consciemment ou pas, n’est pas un crime, cela demeure quand même dommageable. Particulièrement lorsque ces biais grossophobes sont dirigés vers soi.


 

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À propos de l'auteur(trice)

Edith Bernier

Fondatrice de Grossophobie.ca - Infos & référence, conférencière et consultante, elle lutte activement contre la grossophobie depuis 2017. Elle a écrit sur les préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) pendant 6 ans.

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