Cette pub qui vous veut du « bien »

Cette semaine, on a vu une vidéo publicitaire passer sur certaines chaînes télévisées. L’annonce montre une femme caucasienne et grosse en train de manger une salade. Son visage semble triste, découragé. La publicité demeure vague, donne peu d’information et s’adresse aux gens qui éprouvent des difficultés à « perdre du poids ». Elle se conclut simplement par l’adresse d’un site web : comment perdre du poids .ca

Capture d’écran – CommentPerdreDuPoids.ca


Accrocheuse…

Ce type de stratégie d’accroche marketing est fréquemment utilisé. On a d’abord pensé que c’était relié à une compagnie pharmaceutique liée à l’industrie de la perte de poids. C’était partiellement vrai.

En réalité, la publicité est financée par Obésité Canada, un organisme canadien qui se consacre à la « lutte à l’obésité ». (On en a d’ailleurs déjà parlé.) 

De prime abord, la page est assez conviviale : menus déroulants, « conseils de perte de poids »… Mais on se rend compte assez vite des faiblesses de cet « outil ». Nombreuses fautes et coquilles dans la version française. Langage stigmatisant et grossophobe.

Le site contient aussi une foire aux questions (FAQ) qui répond à certaines interrogations, notamment sur l’utilité de l’indice de masse corporel (IMC). Cette FAQ encourage entre autres la restriction alimentaire et le discours qu’on y tient est très moralisateur, particulièrement en lien avec la nourriture. Les questions soulevées peuvent, à la limite, faire passer les personnes grosses pour des abruti(e)s.

En plus d’utiliser un vocabulaire stigmatisant et stéréotypant, la page recommande certains traitements sous ordonnance pour « gérer son poids ». On y parle aussi de la chirurgie comme d’un « traitement durable à l’obésité ». (Une intervention qui, on le sait, est loin d’être sans risque…)


Le problème ?

C’est pourtant bien documenté : le taux d’échec lié à la perte de poids volontaire est très élevé. Non seulement les gens reprennent-ils le poids perdu, et souvent plus, mais ce processus est aussi lié à une grande variété de complications, de l’inflammation aux troubles alimentaires. On comprend encore mal les effets des diètes en série, mais certaines études démontrent clairement que la stigmatisation liée au poids a des effets négatifs vérifiables sur le corps humain.

De plus, il serait malhonnête de ne pas mentionner qu’Obésité Canada, ainsi que leurs recherches de « lutte à l’obésité », sont notamment financées par… des compagnies pharmaceutiques. L’organisme présente et explique – voire encourage explicitement – l’utilisation de certains médicaments sous ordonnance visant l’amaigrissement, notamment SaxendaContrave et Xenical.

N’ayant pu obtenir de version détaillée du financement de l’organisation, il y a lieu de se questionner sur la provenance de leur financement et sur l’influence potentielle des bailleurs de fonds les plus importants. (À noter que l’organisation dit ne recevoir aucun soutien gouvernemental durable.)

Il existe encore peu de recherches sur les effets à long terme des médicaments et chirurgies ayant pour but la perte de poids volontaire. Toutefois, celles qui ont été publiées ne sont pas toutes reluisantes.


Le rêve…

Il peut être tentant de succomber à ces promesses de minceur et de bonheur, un duo associé presque systématiquement. Ceux et celles qui entreprennent ces démarches devraient toutefois pouvoir prendre une décision éclairée, en connaissant clairement les avantages et les effets secondaires de ces types de traitement. À ce stade, on constate que ces données ne sont pas facilement disponibles, lorsqu’elles existent…

Prioriser sa santé et la mise en place d’une bonne hygiène de vie ne devrait pas être synonyme de perte de poids. Le poids n’est pas un indicateur automatique de santé.

À l’approche des fêtes, des réunions familiales, et des résolutions du Nouvel An, ces annonces peuvent être alléchantes. Il demeure important de se souvenir que le meilleur traitement est de s’accepter et de prendre soin de soi. (Besoin de trucs plus concrets ? Visitez notre notre guide de survie des fêtes.)


 

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À propos de l'auteur(trice)

Catherine Labelle

Catherine Labelle est réviseure et rédactrice adjointe de Grossophobie.ca - Infos & référence. Elle s'est d'abord fait connaître par des collaborations avec le blogue Dix Octobre. Elle est diplômée en travail social (B.A. - Université McGill) et en traductologie (M.A. - Université Concordia).

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