11 octobre : journée mondiale de… la grossophobie ?

Ce vendredi, le 11 octobre, c’est (apparemment) la journée mondiale de lutte contre l’obésité.

C’est en « l’honneur » de cette journée que l’équipe de Grossophobie.ca – Infos & référence a reçu ce courriel (voir le PDF) qui sera reproduit et commenté ci-dessous.

En résumé ? Médicalisation du poids, conclusions stigmatisantes, célébration de la perte de poids… À la lecture du courriel, on croirait plutôt qu’il s’agit de la journée mondiale de… la grossophobie.

Pour info : les extraits indiqués ainsi sont des commentaires liés au texte.


Le courriel reçu :

Objet : La discrimination omniprésente envers les personnes vivant avec l’obésité affecte leur bien-être

Bonjour,

Dans le cadre de la Journée mondiale de la lutte contre l’obésité (11 octobre), Santé Canada sort une nouvelle étude qui démontre clairement que les stéréotypes négatifs sur l’obésité sont profondément enracinés chez les professionnels de la santé et les employeurs.

Bon, jusque-là, on est d’accord.

Cette discrimination omniprésente entraîne de nombreuses conséquences chez les personnes vivant avec l’obésité : elles peinent à comprendre la complexité de leur condition et les différents traitements qui leur sont offerts.

En effet, les personnes grosses le sont pour différentes raisons, dont plusieurs sont hors de leur contrôle. Mais dans la mesure où le poids n’est pas la cause directe d’une maladie, pourquoi faudrait-il le traiter ou le voir comme un facteur de risque plus important que les autres ?

Alors que 82% des personnes souffrant d’obésité affirment qu’elles font des efforts pour contrôler leur maladie, 58% des professionnels de la santé sont plutôt d’avis qu’elles ne sont pas assez motivées pour traiter leur obésité. Selon Santé Canada, les professionnels de la santé devraient offrir un traitement individualisé contre l’obésité et s’informer sur les nouvelles approches basées sur des données probantes pour traiter cette maladie.

Santé Canada rappelle que l’obésité, qui affecte 26 % des adultes canadiens, est une maladie chronique complexe nécessitant un accompagnement médical complet.

Ah alors, c’est le poids, la maladie ? (Ce n’est pas trop clair, là…)
Le terme « maladie » est défini ainsi dans le Larousse :
« Altération de la santé, des fonctions des êtres vivants (animaux et végétaux), en particulier quand la cause est connue (par opposition à syndrome).«
Sauf que si la santé ou les fonctions d’une personne ne sont pas altérées par son poids – ce qui n’est pas rare, selon cette étude, ce n’est pas une maladie. Pourquoi traiter le poids comme une maladie si ce n’en est pas nécessairement une ?

En pièce jointe, vous trouverez les détails de l’enquête et un graphique contenant plusieurs autres statistiques sur le sujet.

POSSIBILITÉ D’ENTREVUE
Si vous désirez approfondir ce sujet, nous voudrions vous proposer une entrevue avec le montréalais Yanick Bellemare qui a longtemps vécu avec l’obésité. M. Bellemare est un exemple de persévérance qui a su s’entourer de professionnels et de ses proches pour contrôler sa maladie. Il a perdu plus de 100 lbs et il profite désormais d’une bien meilleure qualité de vie.

On a écrit à deux reprises dans les deux derniers mois que la célébration de la perte de poids est problématique, car elle se base sur la fausse association que perte de poids et minceur égalent automatiquement à la santé. (Et, qu’en opposition, le gain de poids ou la non-perte de poids sont associés à l’absence de santé, sont automatiquement des signes d’absence de santé, ce qui est aussi faux.)

À PROPOS DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA LUTTE CONTRE L’OBÉSITÉ
La Journée mondiale de la lutte contre l’obésité est célébrée le 11 octobre et a pour objectif de soutenir et stimuler les actions en lien avec les efforts de prévention, de traitement et d’anti-discrimination de l’obésité.

Merci et bonne journée!

(nom de la personne qui envoie le courriel retiré)

En pièces jointes : deux fichiers PDF sur les faits saillants des résultats de l’enquête ACTION (Awareness, Care, and Treatment in Obesity MaNagement), parrainée / commanditée par la compagnie pharmaceutique Novo Nordisk.

Novo Nordisk est la compagnie qui commercialise le médicament Saxenda, conçu pour… la perte de poids.


Notre réponse : 

Bonjour Mme (nom retiré),

Merci pour l’étude, nous la lirons avec intérêt.
Pour l’entrevue, l’idée de parler d’une personne qui a perdu du poids comme étant quelqu’un qui a « réussi » vient à l’encontre des valeurs de notre plateforme.
Nous prônons une attitude neutre face aux fluctuations de poids chez les individus.  Le fait de voir que la persévérance soit associée à la perte de poids envoie le message que la non-perte de poids peut être perçue comme l’absence de persévérance ou de courage, alors que de vivre à titre de personne grosse exige une détermination incroyable.
Nous vous remercions mais nous ne nous prévaudrons pas de cette opportunité d’entrevue.
Bonne journée.
Edith Bernier
Fondatrice de Grossophobie.ca – Infos & référence
(courriel retiré)@grossophobie.ca · www.grossophobie.ca
Facebook : @grossophobie
Instagram : @grossophobie.ca

En boni :

Même si on arrivait à passer au-delà du discours grossophobe ultra-problématique de ce courriel, on se retrouve quand même avec ceci :

  • un courriel d’une personne qui ne se présente pas, ne fait pas état de son mandat (ou de celui de son employeur), ne fournit aucun autre titre, coordonnées, ni même un numéro de téléphone.
  • des mentions de Santé Canada alors que, selon un coup de fil à la firme, c’est plutôt Obésité Canada qui les a mandaté
  • une étude qui vient d’Obésité Canada, un organisme de bienfaisance, qu’on semble présenter / confondre avec Santé Canada, une institution du gouvernement canadien

On propose de faire appel à une personne qui a défié les statistiques. Dont l’expérience relève plus de l’anecdote que de l’expérience universelle. Du même coup, on continue à vendre le rêve que la perte de poids est possible et définitive. (Il a cependant été prouvé que c’est loin d’être le cas.)


Ça sort d’où tout ça?

Pour confirmer que la firme était en faite mandatée par Obésité Canada pour cet envoi massif (qui s’est retrouvé dans les boîtes courriels de nombreuses personnes actives dans la lutte à la grossophobie au Québec), il a fallu :

  • deviner le nom de la firme par son adresse courriel ;
  • trouver leur site web et leur numéro de téléphone ;
  • appeler la firme et essayer de comprendre de quoi tout ça retourne.

Rien pour rassurer sur la légitimité et de la crédibilité de la démarche…


Somme toute, on veut souligner quoi, au juste, le vendredi 11 octobre ?

La lutte contre l’obésité ou la lutte contre… les personnes grosses ?

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À propos de l'auteur(trice)

Edith Bernier

Fondatrice de Grossophobie.ca - Infos & référence. Elle blogue également sur les préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) depuis 2013 et est active dans la lutte à la grossophobie depuis 2017.

Readers Comments (1)

  1. Diane Lesage 12/10/PM @ 20:27

    Quel meilleur moyen pour accroître la grossophobie que de déclarer qu’être de poids élevé est une maladie? Actuellement dans nos sociétés la valorisation tout azimut de la santé contribue à soutenir le processus de médicalisation de l’expérience humaine.
    Cette obsession sanitariste est responsable d’une intolérance envers les citoyens qui remettent en question cette vision totalitaire de la santé. La négation de la diversité biologique du poids élevé est une violence enracinée dans cette idéologie trompeuse.
    Une intervention sanitaire ciblée sur un groupe spécifique (ici les personnes de poids élevé) est-elle moralement admissible si elle entraîne pour ce groupe une stigmatisation sociale accrue? À partir de quand est-il mal de prétendre vouloir le bien?

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