Être un(e) allié(e) non-gros(se)


Comment être un(e) meilleur(e) allié(e) de la lutte à la grossophobie en tant que personne non-grosse ?
Quoi faire pour être plus sensible et plus inclusif(ve) à la réalité des personnes grosses ?

Voici une liste non-exhaustive des actions et paroles pouvant être faites pour être un(e) meilleur(e) allié(e).


Ne pas corriger une personne qui est et se désigne comme « grosse »

Réagir à une personne grosse qui se déclare comme telle en disant « Ben non, t’es pas gros(se). », « Dis pas ça. » ou « Voyons, t’es beau / belle. » contribue à maintenir la connotation négative associée à l’adjectif « gros(se) ». Il est cependant possible – et recommandé ! – de questionner et de tenter de défaire les associations négatives liées au terme « gros(se) ».

À l’opposé, il peut être bon de corriger lorsqu’une personne se dit grosse, mais qu’elle ne l’est visiblement pas.


Personne ne se « sent gros »

Être gros(se), c’est un état. C’est une réalité. Ce n’est pas une impression ou un sentiment. Il est possible de se sentir gonflé(e), ballonné(e), d’avoir trop mangé(e), etc. Mais, gros(se), on l’est ou on ne l’est pas. Ce n’est pas quelque chose qui peut changer à l’intérieur de quelques heures / jours.


Éviter de se dire gros(se) quand on n’est visiblement pas la plus grosse personne d’un groupe

Cette affirmation est plutôt explicite. Lorsqu’une personne qui n’est visiblement pas la plus grosse d’un groupe se déclare grosse d’une manière péjorative, elle envoie un message à toutes les personnes plus grosses autour qu’elles le sont aussi. Comme les personnes ne sont pas toutes rendues au même point dans l’acceptation de leur image corporelle, cela pourrait créer une impression de jugement et de désapprobation.

Ce genre de commentaire pouvant mener à la perception d’être jugé peut également devenir le déclencheur d’une période de crise chez les personnes vivant avec un trouble alimentaire ou de santé mentale. (Note : ceci n’est qu’un exemple de ce qui pourrait déclencher une crise.)


Réagir aux discours grossophobes

C’est un des éléments cruciaux de la lutte à la grossophobie. Comme dans toute lutte contre une forme de discrimination, la présence et le soutien d’allié(e)s « non concerné(e)s » (e.g. une personne hétérosexuelle qui soutient les droits des personnes LGBTQIA2+) est partie intégrante de la sensibilisation et de la conscientisation de la société à cet enjeu.


Dénoncer les initiatives qui se disent « pro-diversité » ou « anti-grossophobie » mais qui n’incluent pas les personnes grosses

Depuis quelques années, plusieurs marques et projets liés à la mode se sont déclarés « body positive » et contre la grossophobie. Mais au-delà de ces beaux discours, ces projets sont-ils vraiment à la hauteur ?

Offrent-ils une gamme de tailles qui dépasse XXL ? Cette vedette qui tente de normaliser ses imperfections…. n’est-elle pas déjà la quintessence du standard de beauté ? Des exemples de cas « bien intentionnés » mais quand même problématiques seront régulièrement présentés dans la rubrique « Sauf que… » du blogue.

Il ne faut pas hésiter à poser des questions. Le cas échéant, il est important de dénoncer – et, selon le cas, cesser d’encourager – les initiatives qui ne sont pas vraiment inclusives des corps gros. Parce que les personnes non-grosses font souvent aussi partie de la clientèle ciblée par ces stratégies de marketing »body positive ». Tous (toutes) les consommateur(trice)s ont un pouvoir – financier et moral, notamment – sur ces entreprises. Dénoncer la fausse inclusion est une excellente opportunité d’utiliser ce pouvoir.


Être inclusif(ve) des différentes tailles corporelles

Au-delà de l’exclusion « active » des personnes plus grosses, il peut exister une exclusion « passive », voire inconsciente. Bien que généralement involontaire et non-intentionnelle, des situations comme celles-ci peuvent créer des sentiments d’exclusion, d’anxiété, et de malaise importants chez les personnes grosses :

  • dans le cadre de l’organisation d’une activité exigeant que tout le monde porte le même vêtement, est-ce que les tailles ont été prévues pour accommoder tout(e)s les participant(e)s, même la personne qui porte du 4X, 5X, 6X et au-delà ?
  • lors du choix de mobilier pour un endroit public ou un espace de travail, tient-on en compte la réalité (i.e. poids, taille, morphologie) des gens qui seront amenés à utiliser ce mobilier ?
  • a-t-on prévu des sièges sans accoudoir / solides si un événement est organisé et auquel des personnes plus grosses assisteront ?
  • les personnes grosses qui prennent l’avion vivent souvent une anxiété importante, particulièrement depuis plusieurs cas de « fat-shaming » par d’autres passagers documentés dans le transport aérien ; il est important de réaliser et de comprendre cette anxiété afin de ne pas y contribuer davantage.

Cette liste n’est pas exhaustive, mais ces quelques exemples sont parmi les situations les plus fréquentes au cours desquelles l’inclusion des corps plus gros est négligée ou même oubliée.


Respecter les « safe spaces » réservés aux personnes grosses

Les personnes grosses ont commencé à se créer des « safe spaces » soit des espaces sécuritaires destinés à un groupe précis de personnes – e.g. les grosses personnes – et où elles ne seront pas exposées à des critiques indûes, à de la discrimination ou à un risque d’agression psychologique / physique.

À voir quelqu’un s’épanouir grâce à ces espaces, il peut être tentant de vouloir rejoindre certains de ces groupes destinés aux personnes grosses, même si on est une personne non-grosse. Mieux vaut éviter de le faire. Pourquoi ?

Beaucoup de personnes grosses ont besoin que ces espaces demeurent réservés à celles et ceux avec qui ils partagent des difficultés spécifiques et des expériences similaires.  Respecter les « safe spaces » destinés aux personnes grosses, c’est tout simplement respecter et reconnaître que l’oppression que ces personnes vivent est légitime.


Ne pas faire de commentaires désobligeants sur une personne grosse tierce

En émettant des commentaires négatifs sur la tenue, le corps ou l’apparence d’une personne grosse absente ou inconnue lorsqu’on est en présence d’une personne grosse, on peut non-intentionnellement envoyer un (des) message(s) de nature grossophobe. Notamment en dénigrant les vêtements ou le style (« C’est pas très flatteur… ») ou en lui prêtant des intentions ou des stéréotypes négatifs (« Il doit être paresseux, il marche pas vite ! »). Dans tous les cas, on prend le risque d’envoyer des messages qui peuvent blesser.


Ajouter plus de grosses personnes dans sa vie

Les médias sociaux sont des outils formidables à cette fin. S’abonner à des comptes mettant en vedette les idées et les corps de personnes grosses est une excellente façon de découvrir leur réalité et leurs préoccupations. Cela contribue également à s’habituer à voir des esthétiques différentes des standards de beauté présentés dans les médias traditionnels. Une autre façon de le faire ? Consulter la section « Gros coups de coeur » du blogue qui mettra en vedette des initiatives qui innovent en matière d’inclusion des corps plus gros.


Éviter les commentaires sur l’alimentation

Cela s’applique à l’assiette des autres… mais aussi à la nôtre. L’alimentation étant étroitement liée au poids dans la tête de beaucoup de personnes, commenter en public les comportements alimentaires est à proscrire. Cela s’applique à plusieurs aspects :

  • la taille des portions (« Tu manges pas assez ! », « Wow, méchante assiette ! ») ;
  • la nature des aliments (« Tu manges vraiment bien ! », « Si je continue à manger comme ça, je vais devenir grosse… ») ;
  • la fréquence de la consommation de nourriture (« Tu grignotes souvent, hein ? ») ;
  • les conséquences de la consommation alimentaire (« T’as pas peur d’engraisser en mangeant ça ? ») ;
  • et plusieurs autres.

Ne pas présumer que les personnes grosses veulent maigrir

Parce que ce n’est tout simplement pas le cas.

Prendre pour acquis qu’une personne grosse veut maigrir inclut notamment les comportements suivants, lorsqu’ils sont non-sollicités :

  • offrir des recommandations alimentaires ;
  • faire des suggestions de diètes / parler d’une diète que l’on suit / a suivi ;
  • donner des conseils sur l’exercice ;
  • inviter une personne grosse de son entourage ou de son travail à se joindre à un groupe de perte de poids / d’exercice ;
  • et plus encore.

Même les personnes grosses qui font du sport régulièrement et qui « mangent bien » ne le font pas nécessairement dans une perspective de perte de poids. Il s’agit d’un comportement considéré normal, chez les personnes non-grosses après tout. Pourquoi s’en étonner de la part d’une personne dont le corps est plus gros ?


Ne pas souligner ou commenter les pertes / gains de poids

« T’as maigri, t’as l’air en forme ! » n’est pas un compliment. Si la personne à qui s’adresse ce commentaire vit avec un trouble alimentaire ou une dépression, la perte de poids peut-être tout sauf une bonne nouvelle. Ce changement peut même aggraver le problème de santé à l’origine de la perte de poids non-désirée ou être un obstacle à l’obtention du bon diagnostic.

Même chose pour les commentaires soulignant le gain de poids. Ceux-ci peuvent être liés à des facteurs nombreux et complexes, de la prise de médicaments à la détresse psychologique (incluant les troubles alimentaires). Souligner que ces changements sont apparents peut être un des l’éléments déclencheurs d’un épisode ou d’une crise dont la personne qui commente n’a pas conscience.

Dans tous ces cas, cette perspective s’applique à tous les corps. Celui des autres ET le sien. (Autrement dit : on évite de souligner les changements de poids des autres… et ceux qu’on vit soi-même.)  

De plus, utiliser la perte de poids comme argument ou comme motivation – et le gain de poids comme source de honte – est également associé à la grossophobie. Les expressions « Bikini body », « Dad Body » et autres appellations du genre sont donc à éviter.


Être conscient(e) qu’une personne grosse peut vivre avec un trouble alimentaire

Tout comme les personnes minces ne devraient pas être unilatéralement associées à la présence d’un trouble alimentaire, le fait qu’une personne soit grosse ne garantit pas l’absence de celui / ceux-ci.

L’hyperphagie boulimique (compulsion alimentaire, rages incontrôlables de consommation de nourriture, mais sans méthode compensatoire, e.g. l’utilisation de laxatif, le vomissement) existe chez des personnes grosses. Ce trouble alimentaire peut également être la cause de leur gain de poids.

La boulimie (compulsion alimentaire, rages incontrôlables de consommation de nourriture suivies de méthodes de compensation, e.g. l’utilisation de laxatif, le vomissement) existe chez les personnes de tous poids. Il en est de même pour l’anorexie mentale / nerveuse (sentiment de la nécessité de maigrir et/ou peur intense de prendre du poids associé à une perte de poids brusque lié à de l’exercice excessif, le jeûne, le vomissement provoqué, etc.) et l’orthorexie (l’obsession de manger sainement).

Une liste de ressources oeuvrant dans la prévention des troubles alimentaires et le soutien aux personnes qui vivent avec ceux-ci est disponible sous la rubrique « Organismes et ressources »


Savoir que les raisons d’être gros(se) sont multiples et personnelles

Certaines personnes grosses parlent ouvertement de leur poids. Certains savent pourquoi leur corps est plus gros. D’autres ne le savent pas. D’autres encore ne sont tout simplement pas à l’aise d’en parler. Dans tous les cas, il est crucial de ne pas présumer de la (des) raison(s) du poids de quelqu’un. C’est aussi essentiel de respecter leur choix de ne pas nécessairement avoir envie d’en parler. Que les raisons soient simples ou complexes, intimes ou banales, préjudiciables ou socialement acceptables, c’est à la personne qui vit avec ce corps que revient la décision d’en parler… ou pas.


Une partie de l’inspiration pour cette rubrique provient des articles suivants :
Your fat friends need you as an ally. This is how you can be one
51 Ways to Make the World Less Hostile to Fat People
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