Santé publique : chapeau, Dr Tam !

L’administratrice en chef de la santé publique canadienne, la Dre Theresa Tam, a publié cette semaine son rapport sur l’état de la santé publique au Canada en 2019.

Dans l’édition 2019, l’emphase a été mise sur «l’un des facteurs à la base des iniquités en santé : la stigmatisation».

«Bien que les politiques et les programmes de santé publique devraient profiter à tous, les iniquités persistantes sur le plan de la santé empêchent de nombreuses personnes d’atteindre leur état de santé optimal. Souvent, seule la façon dont les gens sont traités permet d’expliquer ces différences. Voilà pourquoi j’ai décidé de d’orienter mon rapport annuel sur la stigmatisation et la santé.»

-Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada


Une belle surprise…

La stigmatisation est présentée comme un enjeu de santé publique à part entière dans ce rapport. On y confirme que l’effet de cette stigmatisation sur les personnes qui en sont victimes nuit à l’obtention de résultats sociaux et de santé optimaux. On pousse encore plus loin en reconnaissant que :

«La stigmatisation affecte la santé des personnes par le stress et d’autres voies physiques. De nombreuses personnes sont exposées à de multiples stigmates, ce qui les empêche d’avoir accès aux ressources dont elles ont besoin pour atteindre une santé optimale, notamment l’éducation, l’emploi, le logement et les services de santé.»(Chapitre 2)


Mais la question qui nous intéresse vraiment…

… est-ce que ce rapport parle de «LA» stigmatisation qui a justifié le lancement même de notre plateforme, soit la grossophobie ?

Sans utiliser le terme «grossophobie» (ou encore «grossophobie médicale»), on y fait clairement état des préoccupations qu’amène la «stigmatisation liée à l’obésité». 

Stigmatisation liée à l’obésité :
Croyance selon laquelle les personnes obèses sont à blâmer pour leur poids en raison de leurs choix de mode de vie ; stéréotypes liés au comportement ou au caractère d’une personne obèse (page 29)


Reconnaissance des traumas liés à la grossophobie

Le rapport reconnaît que les personnes grosses peuvent avoir vécu des expériences injustes à cause de leur taille. Et que cela peut causer de l’évitement («stigmatisation effective»). Dans les stigmatisations dites «internalisées», on évoque aussi le poids (mais sous le terme «obésité»).

On pousse même un peu plus loin et on évoque de la «stigmatisation anticipée», soit la «stigmatisation secondaire pour la famille, les amis et/ou les fournisseurs de soins».


Reconnaît-on les risques et conséquences ?

Oui. Sans équivoque.

Résultats et répercussions pour les populations affectées
Diminution de l’obtention de soins et de l’utilisation des services de santé et sociaux, et qualité plus faible des services reçus ; réduction de la participation sociale ; conséquences socioéconomiques (revenu personnel inférieur).
Stratégies d’adaptation nocives pour la santé (p. ex, troubles de l’alimentation).
Résultats de santé : Stress aigu et chronique plus élevé, et réactions physiologiques connexes ; maintien du surpoids ; mauvais résultats en matière de santé physique et mentale ; (p. ex., anxiété, dépression, motivation pour faire de l’activité physique amoindrie).    (page 29)

Une réserve ici, cependant. Le fait que le «maintien du surpoids» soit considéré comme une «répercussion» pourrait sous-entendre que la perte de poids est perçue par l’organisation comme une composante de l’obtention de résultats sociaux et de santé optimaux…


En boni : de l’intersectorialité

Le rapport fait aussi état de différentes stigmates intersectorielles (plus souvent connues sous l’appellation «intersectionnelles» dans les milieux militants) qui peuvent contribuer à une marginalisation encore plus importante des personnes grosses en matière de santé. On évoque le racisme, la stigmatisation liée au sexe et/ou à l’identité de genre et l’âgisme, sans oublier les stigmates pouvant émaner d’autres affections (maladie mentale, VIH, par exemple).


Conclusion

Il est soulageant de voir que la lutte contre la stigmatisation liée au poids soit enfin présentée comme une barrière nuisant à l’atteinte de résultats de santé plus favorables chez les personnes qui vivent cette marginalisation. Que l’on reconnaisse enfin les risques pour la santé qui émanent du fat-shaming. Plutôt rafraîchissant après des années à mettre toute l’emphase sur les facteurs de risques liés au poids lui-même…


 

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À propos de l'auteur(trice)

Edith Bernier

Fondatrice de Grossophobie.ca - Infos & référence, conférencière et consultante, elle lutte activement contre la grossophobie depuis 2017. Elle a écrit sur les préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) pendant 6 ans.

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