La perte de poids est-elle (toujours) grossophobe ? (La suite)

Récemment, on a publié un article pour ouvrir la réflexion sur l’aspect grossophobe de la perte de poids.

On a eu envie de préciser certains enjeux qui peuvent ne pas être évidents à première vue pour bien comprendre en quoi la perte de poids est très souvent grossophobe.


La société et non l’individu

Critiquer les individus sur leurs démarches de perte de poids ? Ce ne serait que perpétuer la stigmatisation déjà bien présente envers les personnes grosses.

Vouloir entreprendre une démarche de perte de poids, dans un contexte de grossophobie médicale répétée, est une réponse normale à un climat qui l’est moins.

Dans une société qui cible sans relâche les personnes grosses avec des publicités de produits amaigrissants et des célébrités aux corps irréalistes, il est peu surprenant que certaines personnes tentent de s’y conformer.

Toutefois, il reste à savoir si l’ensemble de la population a vraiment tous les outils afin de prendre une décision éclairée, face à une démarche de perte de poids. Est-ce que les études sur les effets à court et long termes des régimes amaigrissants ou de la chirurgie bariatrique sont accessibles et comprises (ou même compréhensibles) ?

Est-ce que maigrir est vraiment le résultat d’un libre choix, finalement ?

En Occident, le problème réside principalement dans la société. Une société dont les structures matérielles et les infrastructures ne sont pas conçues pour accommoder les personnes grosses (i.e. sièges trop étroits, des vêtements taille plus peu accessible, etc.). Une société qui se consacre activement à faire sentir aux personnes grosses qu’elles devraient vouloir rétrécir. Qui mise sur l’auto-régulation par le groupe dominant pour discriminer les personnes qui ne correspondent pas au standard.  Une société dont les industries pharmaceutique et esthétique bénéficient largement de l’insécurité et de la faible estime de soi en matière d’image corporelle des individus.

C’est quand on regarde le système comme un tout qu’on peut voir les mécanismes qui stigmatisent les personnes grosses. Choisit-on vraiment consciemment de perdre du poids ? Ou sommes-nous fortement influencé(e)s par une société peu disposée à nous accommoder ?


Maigrir contre le dédain

Sous la publication de l’article, certains commentaires étaient à l’effet que « les personnes grosses souffrent du dédain des grossophobes », ce qui justifie leur démarche de perte de poids.

On ne peut nier que certaines personnes souffrent du regard des autres. Mais il faut aussi reconnaître que ce n’est pas le cas pour toutes et tous.
Est-ce que la perte de poids est réellement la solution à cette « souffrance » ? Ou le salut passerait-il plutôt par l’éducation des personnes grossophobes ?

Les personnes grosses ont le droit d’être heureuses dans le corps qu’elles habitent dès maintenant. La majorité de la population vit des insatisfactions face à son apparence physique… Mais est-ce que tout le monde doit se changer ? Ou serait-on plutôt en présence d’une forme de violence socialement acceptée envers des personnes considérées différentes, voire marginales ?


La condescendance

On nous a accusées de faire preuve de condescendance envers les personnes qui choisissent de perdre du poids.

D’une part, est-ce condescendant de vouloir ouvrir un espace de réflexion, sans jugement, sur les différentes implications d’une perte de poids? Est-ce moins condescendant de laisser les personnes grosses suivre des régimes, au détriment de leur santé et sans avoir pris le temps – ou avoir eu la chance – de réfléchir à toutes les conséquences d’une telle démarche ?

D’autre part, nous croyons fondamentalement à la capacité d’auto-détermination des individus, c’est-à-dire que chaque personnes est un(e) expert(e) de sa vie et de ses décisions.

Infantiliser les personnes grosses et insinuer qu’elles souhaitent perdre du poids pour « éviter le dédain des grossophobes » suggère que les personnes grosses ne méritent pas autant de respect que les personnes grossophobes. Ça, c’est de la condescendance. Pourquoi devrait-on changer pour s’adapter aux grossophobes ?

En quoi est-ce condescendant de suggérer que les personnes grosses puissent s’accepter et s’aimer telles qu’elles sont ?


Conclusion

Proposer que la forte majorité des pertes de poids est grossophobe est une idée relativement nouvelle. On n’exige pas d’avoir des réponses ou des justifications de la part de qui que ce soit. On suggère plutôt que les gens entament une réflexion personnelle et intime sur leur relation à leur corps.

On propose une réflexion alternative à celle qui est déjà présente et stigmatisante. Certaines personnes seront d’accord. D’autres pas. Et c’est correct. Les cheminements des personnes grosses sont multiples. Surtout : ils sont tous valides.

L’objectif de Grossophobie.ca – infos & référence – est  – et demeure – de montrer qu’il y a d’autres façons de penser. Nous ne sommes pas les seul(e)s ; plusieurs professionnel(le)s de la santé le pensent aussi.

Valoriser une bonne hygiène de vie, plutôt que la perte de poids ? C’est bénéfique pour tous.


 

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À propos de l'auteur(trice)

Catherine Labelle

Catherine Labelle est réviseure et rédactrice adjointe de Grossophobie.ca - Infos & référence. Elle s'est d'abord fait connaître par des collaborations avec le blogue Dix Octobre. Elle est diplômée en travail social (B.A. - Université McGill) et en traductologie (M.A. - Université Concordia).

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