Le poids comme filtre migratoire?

En novembre dernier, de nombreux médias ont relayé la nouvelle que les personnes désireuses d’obtenir un visa pour vivre aux États-Unis devront montrer patte blanche relativement à certains enjeux de santé pour augmenter leurs chances de voir leur demande acceptée1.

Un câble diplomatique du Département d’État (State Department) envoyé aux ambassades et aux consulats états-uniens et dont la plateforme d’information en santé à but non-lucratif KFF Health News a obtenu copie2, fait état de critères de « santé » sur lesquels le personnel autorisant la distribution de visas est invité baser ses décisions dans le cadre de l’évaluation des demandes d’immigrations. Parmi ces critères, on retrouve le diabète (tout type confondu), « obésité », asthme, apnée du sommeil et la haute pression sanguine. (L’âge et la capacité d’occuper pleinement un emploi au pays seraient aussi des facteurs à tenir en compte dans l’approbation ou le refus des demandes, selon ce même communiqué.)

Cette nouvelle consigne invite à considérer la globalité de l’état de santé des postulant·es « en incluant, mais sans s’y limiter, aux maladies cardiovasculaires, aux maladies respiratoires, aux cancers, au diabète, aux maladies métaboliques, aux maladies neurologiques et aux affections de santé mentale« .

Santé, âge et finances

De plus, on recommande aux autorités délivrant les visas de tenir en compte la capacité financière des candidat·es à subvenir à leurs soins de santé et la charge qu’ils·elles pourraient représenter pour le système de soin de nos voisins du Sud pour le reste de leur vie… même si ces personnes n’ont pas accès au système de santé du pays sans devoir payer une assurance privée (qui s’avère souvent très coûteuse) pendant au moins une partie de leur séjour aux États-Unis.

L’évaluation et le dépistage de certaines maladies, un examen médical obligatoire et la prise de l’historique vaccinale (et, le cas échéant, l’administration de certains vaccins) font partie du processus migratoire de plusieurs pays (incluant le Canada). À ce jour, ces vérifications tendaient surtout à limiter la propagation de maladies contagieuses comme la tuberculose, la poliomyélite ou encore la rougeole. Pour ce qui est des États-Unis, les personnes désireuses d’obtenir un visa devaient également déclarer s’ils·elles ont un historique de consommation d’alcool ou de drogue, de santé mentale ou de violence, même avant l’envoi de ce communiqué.

Une tendance inquiétante

Plus récemment, le président Trump en a ajouté une couche : « Il a également promis que son gouvernement allait « chasser toute personne qui n’est pas un atout pour les États-Unis […], mettre fin aux bénéfices et subventions fédéraux pour les non-citoyens […], dénaturaliser les migrants qui nuisent à la tranquillité nationale, et expulser tout ressortissant étranger qui constitue un fardeau public, un risque pour la sécurité ou qui n’est pas compatible avec la civilisation occidentale »3.

Il demeure crucial de rappeler que le personnel consulaire n’est pas formé médicalement… alors que la récente directive invite les agent·es de traitement à considérer, voire extrapoler, sur l’état de santé actuel ou futur des personnes candidates à l’immigration et d’en tenir compte comme un élément clé de l’évaluation.

Alors que les professionnel·les de la santé n’arrivent pas à s’entendre sur les effets du poids sur l’état physique global des personnes grosses, il y a fort à parier que les biais des preneur·euses de décisions sur les demandes de visa risquent d’influencer l’évaluation de ces dernières. Et pas de façon positive…

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  1. Immigrants with obesity, diabetes and other health problems may be denied visas, sur le site de NPR
  2. Immigrants With Health Conditions May Be Denied Visas Under New Trump Administration Guidance, sur le site de KFF Health News
  3. tiré de Donald Trump veut empêcher toute immigration « du tiers-monde », publié dans La Presse
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About the author

Edith Bernier

Edith Bernier est la fondatrice de Grossophobie.ca. Depuis 2017, elle est conférencière et vulgarisatrice et mène une sensibilisation active à propos de la grossophobie. Avant Grossophobie.ca, elle a écrit à propos des préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) pendant 6 ans. Elle est également l'autrice de deux livres sur la discrimination basée sur le poids : Gros·se, et puis? (2020) et Grandir sans grossophobie (2023).

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