Attiser la haine avec sa notoriété

Depuis toujours, des personnes utilisent leur notoriété pour répandre des messages divers. Parler de leur appartenance à un groupe, de leur attachement à des causes en tous genres ou dénoncer des injustices. Cela relève parfois du courage de prendre la parole pour parler d’enjeux polarisants et d’utiliser – voire de risquer – sa notoriété afin de sensibiliser le public à ce qui (nous) semble juste et noble.

Je reconnais entièrement le droit à la divergence d’opinion. Après tout, il y a sûrement plein de gens qui ne sont pas d’accord avec moi (ou avec nous) ! Mais il ne faut tout de même pas confondre la «divergence d’opinion» avec des propos qui frôlent dangereusement la fomentation volontaire à la haine.


Note de la rédaction : nous avons fait le choix de ne pas nommer les personnes à qui je fais référence dans ce billet. Nous avons aussi choisi de ne pas mettre de liens vers les contenus évoqués. Par désir de protection de nos lectrices et lecteurs, mais aussi parce qu’on ne veut pas donner de visibilité et de «clics» supplémentaire à ces personnes et à leurs plateformes. 

À qui croirait que j’exagère quand j’évoque de «fomenter1 volontairement la haine», je répondrai par la définition du Code criminel canadien.

[Article 319]
Fomenter volontairement la haine
(2)
Quiconque, par la communication de déclarations autrement que dans une conversation privée, fomente volontairement la haine contre un groupe identifiable est coupable :

a) soit d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement maximal de deux ans;
b) soit d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.

-Code criminel, PARTIE VIII – Infractions contre la personne et la réputation

Est-il farfelu de considérer que le fait de tenir ouvertement, et volontairement des propos – souvent incomplets mais toujours incendiaires – visant à discréditer, dévaluer et discriminer activement les personnes grosses (un groupe clairement identifiable) relève de la fomentation ET de la haine envers ces personnes ?


Je ne nommerai personne

… mais je pense à ce psychiatre bien connu qui utilise sa plateforme pour prédire que la 2e vague de COVID-19, «va venir des grosses dans le système scolaire, de l’éducation et des garderies, ainsi que dans le système de la santé». Que «Les grosses… vous allez y goûter solide!» 2.

Ce même bon (!) docteur qui compare la diversité corporelle et le fat acceptance à une «dictature de la graisse».

S’il y a vraiment une dictature des personnes grosses, il faudrait bien nous dire où c’est…
Parce qu’on ne l’a pas trouvé, et c’est pas parce qu’on ne voudrait pas y aller en vacances

Qui justifie le rejet des femmes grosses par la «biologie» qui voudrait que les hommes ne puissent pas être excités sexuellement par des femmes non-minces. (Mais qui ne soulève pas de questionnement par rapport aux standards de beauté, internalisés par la majorité… Une composante psychologique pourtant largement suffisante à elle seule pour expliquer la dysfonction érectile et qu’un spécialiste de la santé mentale devrait pourtant connaître.)

Et qui sur-simplifie des données – déjà sur-simplifiées par un autre «expert» connu pour ses positions grossophobes – pour mieux dépeindre «les grosses» (parce qu’il ne parle à peu près jamais des hommes) comme les ennemies publiques numéro 1.

Le tout avec la bénédiction souriante de sa co-animatrice…


 mais on sait très bien de qui il s’agit.

Je pense aussi à cet «expert» populaire – sur qui notre grossophobe précédent aime bien s’appuyer pour taper sur les personnes grosses – qui, s’il le pouvait, placerait le fardeau de toutes les guerres dans le monde sur les larges épaules des «obèses».

Pour qui le poids explique tout, de la mortalité liée à la COVID-19 à différents cancers. (Cancers qui pourraient être prévenus en faisant les «bons» choix alimentaires, selon lui.) Un docteur (mais pas en médecine, rappelons-le) pour qui être moins lourd égale automatiquement santé et longévité. Un scientifique enlisé dans ses vieux discours qui, popularisés, ont donné naissance et perpétuent la culture de la diète et le culte de la minceur à tout prix.

Et il persiste, même si, de plus en plus, on sent un désavouement et un ras-le-bol à son égard. Un rejet qui n’est plus limité au public et qui se fait désormais sentir chez d’autres scientifiques et professionnel(le)s de la santé, d’ailleurs…


La solution passe-t-elle par la protection ?

Malheureusement, tant que les personnes grosses ne seront pas protégées en matière de discrimination – ce n’est pas faute d’avoir essayé ! -, tout laisse croire que ces épouvantails pourront continuer à faire peur.

Qu’attiser la haine continuera de faire partie de leur plateforme.

Et qu’ils pourront continuer, à tort, de nous pointer allégrement du doigt. Et de nous envoyer leurs haters comme des zombies assoiffés de chair fraîche.

Et comme si nous étions la cause de tous les maux du monde…

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  1. Fomenter : Entretenir, exciter des actions, des sentiments violents et destructeurs (source : Larousse)
  2. Il est important de mentionner que l’équipe de Grossophobie.ca encourage l’utilisation humanisante des termes «gros», «grosses» (et «obèse», lorsque vraiment nécessaire) en privilégiant la forme «un homme gros», «une personne grosse», «une femme obèse», etc. Les personnes sont tellement plus que leur poids, faut-il le rappeler…
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À propos de l'auteur(trice)

Edith Bernier

Fondatrice de Grossophobie.ca - Infos & référence, conférencière et consultante, elle lutte activement contre la grossophobie depuis 2017. Elle a écrit sur les préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) pendant 6 ans.

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