Addition-Elle, L’Aubainerie… et après?

Au mois de mai, on a abordé la question des enjeux d’accessibilité entourant la potentielle fermeture de la compagnie Reitmans. Depuis, le couperet est tombé et la compagnie a annoncé la fermeture de la chaîne Addition-Elle. Dans la même semaine, L’Aubainerie a annoncé le retrait de sa collection taille plus.

Au-delà des enjeux d’accessibilité que ces fermetures entraînent, quelles sont les autres conséquences ?


Des retombées économiques importantes…

Selon Statistique Canada, 63,1% de la population canadienne était considérée « en situation d’embonpoint et d’obésité » en 2018. La même année, la firme-conseil Coresight Research calcule des revenus de 21 milliards de dollars US en 2016 pour l’industrie de la mode taille plus. On projette une augmentation à 24 milliards pour 2020.

Avec une croissance importante de la demande dans la mode taille plus, l’offre pour la population québécoise est en constante décroissance. Dans le contexte actuel, l’économie québécoise peut-elle se permettre de perdre des revenus considérables au profit des conglomérats américains ?


Des conséquences au quotidien…

Au-delà des chiffres, la diminution de l’offre au Québec apporte également son lot d’inconvénients. La fermeture des 77 succursales d’Addition-Elle rend l’accès aux boutiques physiques plus difficile. Il est important de considérer que, pour certaines personnes, l’achat en ligne est la seule option. Pour les personnes habitant en région, par exemple. Ou pour se procurer des tailles considérées « atypiques », souvent indisponibles en magasins.

Bien que l’achat en ligne soit une option intéressante, elle implique son lot de risques. D’abord, les vêtements sont achetés à l’aveugle, sans pouvoir être essayés ou touchés. Les client(e)s doivent également payer la facture avant de savoir si leurs achats leur conviennent. La patience aussi est de mise, le temps de recevoir sa commande par la poste.

Ces limitations peuvent avoir des impacts au niveau économique et social chez les personnes grosses. Les délais de livraisons et l’incertitude des achats en ligne peuvent rendre impossible de trouver des vêtements professionnels ou une robe de soirée sans préavis. Sachant que le poids d’une personne peut être discriminatoire à l’embauche, porter des vêtements appropriés pour le processus de sélection est essentiel. Et inversement, avoir un emploi stable et bien rémunéré permet de stimuler l’économie… incluant le milieu de la mode.


Encore une fois, la représentation…

Bien que les personnes grosses constituent un pourcentage considérable de la société, elles sont souvent sous-représentées dans l’industrie de la mode. Le Québec semble en retard sur son voisin américain. Les initiatives locales sont encore peu nombreuses. Peu d’acteurs du milieu de la mode taille plus ont percé la culture populaire. Les besoins des personnes grosses sont encore relégués au second rang, même par certains membres de la communauté.

L’invisibilité des membres de la communauté, par l’absence de représentation, perpétue des sentiments de rejet et de faible estime de soi. Pour une vraie inclusivité des tailles, beaucoup de travail reste à faire.


 

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À propos de l'auteur(trice)

Catherine Labelle

Catherine Labelle est réviseure et rédactrice adjointe de Grossophobie.ca - Infos & référence. Elle s'est d'abord fait connaître par des collaborations avec le blogue Dix Octobre. Elle est diplômée en travail social (B.A. - Université McGill) et en traductologie (M.A. - Université Concordia).

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