Mieux soigner pour… moins soigner

L’argument de la santé est sans doute un de ceux que les détracteur(trice)s de l’acceptation des personnes grosses évoquent le plus souvent.

Ah, ce fameux devoir de santé ! Qu’il soit envers soi-même ou envers les autres, on n’hésite pas à s’en servir pour justifier la discrimination envers les personnes grosses.

Parce qu’une personne grosse coûte cher au système, voyons…


La peur du médecin

Une visite chez le médecin ou à l’hôpital relève de l’épreuve pour de nombreuses personnes grosses. Pourquoi ? Parce que, plus souvent qu’autrement, le système médical n’est pas prêt à soigner ces personnes dans la dignité et le respect.

On a qu’à penser aux jaquettes « one size fits most » (mais clairement pas « all »).

À l’équipement non adapté pour les personnes de grand poids (lit d’hôpital, équipement radio-diagnostic, fauteuils roulants, etc.).

Aux jugements du personnel médical.

À l’association unilatérale de tout problème de santé avec un poids élevé.

Au refus de certain(e)s médecins de traiter un problème de santé – lié au poids ou non – avant une perte de poids significative.

Pas facile d’être une personne grosse en quête de soins médicaux. Leur accès aux soins de santé n’est pas seulement difficile, mais il peut rapidement devenir… anxiogène.

Et si c’était la grossophobie du système médical le vrai problème ?


Une personne grosse bien soignée…

Il y a tout à gagner à soigner les patient(e)s gros(ses) avec plus de respect et de dignité. On peut prévenir ou, le cas échéant, mieux contrôler les affections qu’ils/elles peuvent développer.  

Une personne confortable avec son praticien de santé sera plus encline à avoir une attitude préventive face à sa santé. Elle ressentira moins de pression de mentir par crainte du jugement. Elle consultera plus tôt au lieu de trop tard.


versus une personne grosse mal / pas soignée.

Une personne grosse terrifiée à l’idée d’aller consulter un(e) professionnel(le) de la santé devient plus « à risque »… à cause de la grossophobie du système. Il suffit d’une seule expérience médicale traumatisante pour engendrer de la détresse et, éventuellement, de la méfiance.

Cette grossophobie à grande échelle du système de santé peut ainsi retarder une visite médicale jusqu’à ce que celle-ci devienne inévitable.

On devine rapidement les conséquences potentielles de visites médicales repoussées à l’extrême.

On peut penser par exemple à des affections non diagnostiquées ou non contrôlées qui prennent des proportions jusqu’à requérir des soins majeurs.

Un « bobo » banal qui dégénère jusqu’à exiger des traitements qui auraient pu facilement être évités. Si seulement le patient ou la patiente s’était senti(e) en confiance de consulter plus tôt…

Ces situations peuvent également créer un effet de « portes tournantes » ; les mêmes patient(e)s retournent fréquemment à l’hôpital pour les mêmes problèmes ou les conséquences de ces problèmes initiaux mal traités. En augmentant le nombre de visites médicales, on augmente aussi le risque d’être confronté(e) à la grossophobie du système.

Rien pour mettre un patient(e) en confiance et lui faire croire que ce système veut son bien…


Éviter l’évitable

La grossophobie du système de santé a engendré combien d’interventions médicales plus complexes qui auraient pu être évitées? Combien de médicaments, de chirurgies, d’hospitalisation ? De réadaptation, d’aide et/ou de soins à domicile ?

Mais surtout : combien de ces interventions auraient pu être évitées en soignant les personnes grosses avec diligence et dignité ?

Le système a tout à gagner à faire preuve d’une plus grande sensibilité à la réalité des personnes grosses.

Il faut le rappeler : en 2013-2014, plus de 50% de la population québécoise était considérée « en surpoids ». Considérant la proportion de personnes concernées, on peut conclure que la proportion de personnes grosses ne changera pas du jour au lendemain.

Comme on le sait déjà, l’humiliation ne fait pas maigrir les personnes grosses (au contraire). Et le fat-shaming est associé à des risques de santé plus importants.

« Des travaux montrent que les médecins de première ligne passent en moyenne 28 % moins de temps avec leurs patients obèses. Ils sont aussi portés à attribuer tous les maux de ceux-ci à leur embonpoint, sans mener une enquête plus approfondie ni considérer des traitements autres que la perte de poids. »
(Source : L’actualité, 10 juil. 2019 et AMA Journal of Ethics, avril 2010)

Il devient ainsi impératif de se questionner. Comment peut-on commencer à mieux soigner les personnes grosses, dès le départ ? Pour avoir à moins les soigner, en bout de ligne ?

Lutter contre les biais grossophobes intrinsèques du système de santé semble être un excellent point de départ.


 

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À propos de l'auteur(trice)

Edith Bernier

Fondatrice de Grossophobie.ca - Infos & référence. Elle blogue également sur les préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) depuis 2013 et est active dans la lutte à la grossophobie depuis 2017.

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