Le « body positive » grossophobe

Qu’est-ce que la diversité corporelle ?

C’est un mouvement lancé au départ par la communauté des personnes grosses. La diversité corporelle (body positivity) a rapidement été reprise dans les médias sociaux par des influenceur(euse)s non-gros et par les compagnies de marketing afin de normaliser « les petits plis » de monsieur, et surtout, madame tout-le-monde. (On trouve plus d’information sur ce sujet dans ce billet publié la semaine dernière.)

Mais derrière ce mouvement se cache souvent une grossophobie rampante, même au sein de ces communautés qui se disent pro-diversité.

Sous prétexte de préoccupations sur la santé des personnes grosses, la diversité corporelle devient acceptable pour certains types de corps et finit par en exclure plusieurs. En imposant des conditions pour en faire partie, le mouvement « body positive » n’est plus un espace sécuritaire pour les personnes grosses qui se font exclure de leur propre mouvement. Il n’est également plus représentatif d’un ensemble, mais bien d’une minorité clamant représenter tout un groupe.


Marketing inclusif ?

Quand des compagnies reprennent ce mouvement pour des fins marketing en omettant plusieurs types de corps ou en s’arrêtant à des « small fat« , c’est un échec cuisant pour tous.

Ces mêmes compagnies qui se vantent de leur inclusivité, mais n’offrent pas des produits plus grands que la taille XXL, peuvent-elles réellement se dire inclusives ?

Même chose lorsque certaines compagnies se vantent de leur promotion de la diversité corporelle, mais utilisent des termes oppressants tels que « obésité » ou « se laisser aller » sur leurs réseaux sociaux. Ou lorsqu’elles vendent des produits ou services destinés à la perte de poids volontaire et/ou la restriction alimentaire. Leur hypocrisie est à peine masquée.

Dans les dernières années, on a perçu un essor des compagnies se voulant réellement inclusives. On peut penser notamment à Incluses, Universal Standard et plusieurs marques établies qui ont élargi leurs offres de grandeur. On note aussi une émergence de friperies taille plus.

La difficulté des personnes grosses de se trouver des vêtements adaptés et de qualité est bien réelle. Ne pas pouvoir afficher son identité par son habillement peut entraîner une faible estime de soi et de nombreuses frustrations. Sans oublier que les personnes grosses doivent mettre plus de temps et d’argent afin d’obtenir une variété vestimentaire décente.

Au-delà de l’industrie de la mode, le marketing « inclusif » touche d’autres domaines, notamment l’industrie du bien-être. Dans ce sens, la compagnie WW (anciennement Weight Watchers) a annoncé fièrement prioriser le bien-être, mais continue d’encourager la perte de poids.


L’inclusion plurielle des corps

L’acceptation inconditionnelle des corps ne commencent pas à un certain poids ou état de santé ou à une certaine morphologie. Prétendre autrement est fondamentalement grossophobe. L’acceptation radicale de tous les types de corps est l’essence même du mouvement « body positive ».

Une personne grosse (ou non) n’a pas le devoir d’être en santé. D’avoir une certaine apparence. Ou même d’avoir des « bonnes » habitudes de vie afin d’être incluse dans le mouvement. La récente incapacité du mouvement de la diversité corporelle à voir au-delà de l’apparence physique fait taire une majorité. Pour finalement ne normaliser que les « petits plis ».


L’avenir de la diversité corporelle ?

L’objectif du mouvement est d’offrir une diversité afin que tout le monde puisse se sentir respecté et représenté.

Dans cette perspective, on ne peut être body positive ET grossophobe.

C’est pourtant si simple.


 

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À propos de l'auteur(trice)

Catherine Labelle

Catherine Labelle est la réviseure de Grossophobie.ca - Infos & référence. Elle s'est d'abord fait connaître par des collaborations avec le blogue Dix Octobre. Elle est diplômée en travail social (B.A. - Université McGill) et en traductologie (M.A. - Université Concordia).

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