Janette Bertrand : alliée depuis 30 ans !

Note : l’équipe de rédaction de Grossophobie.ca – Infos & référence tient à signaler qu’elle ne réfère dans ce billet qu’à l’apport artistique et télévisuel de Mme Bertrand. L’intersectionnalité faisant partie des valeurs essentielles de l’équipe de rédaction, nous désirons souligner que nous n’endossons pas nécessairement les prises de positions plus récentes de Mme Bertrand.


Petit moment de bonheur sur les ondes de Pénélope, lundi matin, jour de la fête du travail.

Dans le cadre d’une discussion sur les 50 ans de l’émission Quelle famille ! à laquelle Janette Bertrand, autrice de la série, était conviée, celle-ci a déclaré :

Le public a encore besoin de s’identifier à des personnages pour savoir où il se situe. Or, en ce moment, y’a un fort mouvement de femmes plus rondes. Et ça, ça va se retrouver, vous allez voir l’année prochaine ou dans deux ans, il va y avoir beaucoup de rondes à la télévision. Parce que la télévision avance et devance la société. Les auteurs, ce sont des devins. […]

Qui va en parler si on n’en parle pas ?

-Janette Bertrand

Mention spéciale à Pénélope McQuade qui semblait se réjouir à l’idée avec son « ENFIN ! » bien senti. Une autre alliée ?


Mme Bertrand, cette pionnière

La série Avec un grand A (aussi connue sous le nom L’amour avec un grand A) a abordé à au moins deux reprises des sujets tabous liés au poids et à la pression sociale d’être mince.

En 1988, l’épisode Gisèle et Marc (avec la chanteuse Ginette Reno) parlait du processus thérapeutique entrepris par Gisèle, une femme grosse dans une relation tiède depuis 19 ans. Une femme maladroite qui a tant d’amour à donner. Sa quête extrême d’approbation est accueillie par de l’abus ou encore des réactions glaciales, de sa famille et de son mari. Sa thérapie par l’hypnose, elle l’a enteprise pour savoir pourquoi elle se « réconforte » en mangeant. Ce processus ne lui offrira peut-être pas les réponses qu’elle cherchait… mais lui en offrira d’autres.

Cette quête passera aussi par la considération des régimes. Pour être plus « belle ». Pour être plus « acceptable ».

Tu me trouves grosse ? Ça aussi, t’as jamais été capable de le dire en employant les mots justes. Gisèle, t’es grosse !

Gisèle (Ginette Reno), dans Avec un grand A (épisode Gisèle et Marc)

Alors qu’on revendique encore à ce jour, l’utilisation neutre du terme « grosse », cet extrait semble tout à coup futuriste, pour les années ’80.

En bout de ligne, Gisèle finira par se choisir elle-même et sortir d’une relation qui la rend malheureuse. Plutôt avant-gardiste, pour 1988 !


Et Janette en remet !

Toujours dans le cadre d’Avec un grand A, mais cette fois en 1993, l’épisode C’est la faute à Barbie explorait la pression familiale et sociale d’être mince et abordait les troubles alimentaires, particulièrement la boulimie.

-J’fais jamais ça de diète, tsé ! J’ai la grosseur que j’ai, comme j’ai le nez que j’ai, la bouche que j’ai ! Pourquoi y’aurait pas autant de genre de grosseurs que de genre de hauteurs… ?
-Choque-toi pas là toi, je dis pas ça parce que j’te trouve grosse ! Mais si tu t’surveilles pas là, tu vas finir comme ta tante Pierrette…
-Ben j’finirai comme elle : grosse et heureuse !

Suzanne (Johanne Fontaine) à sa mère Rita (Rita Bibeau)

Peut-on retrouver un plaidoyer pour l’acceptation et le respect des grosses personnes à la télé québécoise qui date de plus longtemps que celui-ci ? On est dans une série diffusée aux heures de grande écoute et destinée à l’ensemble du public adulte, pas uniquement à une poignée d’initié(e)s…

Il faudra au moins une vingtaine d’années pour qu’un discours semblable revienne sur la place publique…


Pionnière… de la télé

Sachant que Mme Bertrand est une pionnière dans le domaine et qu’elle est aussi une créatrice hautement respectée dans le domaine artistique québécois, on ne peut que souhaiter que sa prédiction se concrétise ! En espérant que les personnes qui ont le pouvoir de faire changer les choses étaient aussi à l’écoute ce jour-là…

La télévision, et les médias en général, peuvent être des vecteurs importants de changement dans la société. Pour défaire les stéréotypes. Pour normaliser la présence. Si ç’a marché pour d’autres, pourquoi pas pour les grosses personnes ?


Pour écouter l’extrait en question : voir le dernier segment de « Les 50 ans du téléroman Quelle famille : Suite de la discussion » à partir de 16 min 55.


 

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À propos de l'auteur(trice)

Edith Bernier

Fondatrice de Grossophobie.ca - Infos & référence. Elle blogue également sur les préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) depuis 2013 et est active dans la lutte à la grossophobie depuis 2017.

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