Accessibilité : comparer des pommes et des oranges

Depuis plusieurs années, la notion d’accessibilité – en matière d’inclusion – est principalement axée autour des personnes qui vivent avec un/des handicap(s) ou autre type de divergence (ex. neuroatypie) pouvant créer des barrières lorsqu’on est confronté(e)s à des milieux ou situations inadaptés.

Si on revient à la définition, on réalise que le terme peut être vu de façon beaucoup plus vaste.

Accessible (adjectif) : Se dit d’un lieu, d’une situation, etc., auxquels on peut accéder.

Source : Larousse en ligne

Que ce soit clair : l’objectif de ce billet n’est pas de nier qu’il faille rendre plus accessibles plusieurs infrastructures, produits et services afin que plus de gens vivant avec une forme ou une autre de handicap puisse en bénéficier.

Le but ici est plutôt de lancer une réflexion sur le fait qu’il existe un pan entier de la population qui ne vit pas (nécessairement) avec un handicap, mais qui est AUSSI confronté à des problèmes d’accessibilité au quotidien. Des difficultés d’accès à des lieux publics dont les installations sont assez solides mais aussi adaptables aux corps gros (ex. mobiles vs fixes au sol). À trouver des vêtements à sa taille et abordables financièrement. Être confronté(e) à l’absence d’équipement ou d’espace adaptés en milieu de travail ou scolaire.


Un dilemme maudit

En fait, on se trouve devant un dilemme. D’un côté, on tente de dissocier dans l’esprit de plusieurs l’association entre le fait d’être une personne grosse et son niveau de capacité. De l’autre, on réclame d’être considéré en matière d’accessibilité, un enjeu qui est traditionnellement associé aux personnes handicapées…

On se souvient que, pendant la pandémie de COVID-19, des personnes se sont vues refuser des emplois dans le domaine de la santé à cause de leur IMC, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse leur suggérait de déposer un recours sur le motif de discrimination basée sur… le handicap.


Plus du quart (26,8 %) de la population adulte canadienne était considérée «obèse» en 2018, selon Statistique Canada. Et, sans nécessairement vivre avec un/des handicap(s), on peut facilement conclure qu’une bonne proportion de ces quelques 7 millions d’adultes est confrontée à des défis en matière d’accessibilité.


Un cas de «lose-lose»

En l’absence de protection légale au Québec et au Canada, les personnes grosses se trouvent confrontées à un dilemme. Elles doivent choisir lequel de deux maux est le moindre.
1) S’identifier, souvent à tort, aux personnes vivant avec un handicap. On s’expose ainsi inutilement à la stigmatisation liée au handicap, en plus de la grossophobie. (L’association entre grosseur et stigmatisation peut aussi déteindre sur les personnes vivant avec un handicap. Et cela pourrait contribuer à les sur-stigmatiser, au passage).
2) Ne rien faire et vivre avec les nombreuses conséquences de leur exclusion. (On parle ici de biens et services mal-adaptés ou inutilisables, avec les risques inhérents que ça comporte. De l’incapacité à trouver des vêtements assez grands à la grossophobie médicale. Sans oublier les politiques – d’équité, d’inclusion ou de diversité, par exemple – ne tenant pas compte de la grossophobie…)

Pour reprendre une expression entendue ailleurs, on se retrouve ainsi en présence d’une situation «lose-lose» (en opposé à «win-win»). Peu importe l’avenue choisie, on perd au change. D’un côté, on contribue à la stigmatisation à tort des personnes grosses ET handicapées. De l’autre, on fait du surplace et rien ne change.


La bonne reconnaissance pour une situation propre aux personnes grosses

Plus on avance dans ces réflexions sur l’accessibilité et la notion de handicap, plus on se rend compte que la situation des personnes grosses ne s’amalgame pas avec celles des personnes vivant avec un/des handicap(s).

Dans les deux cas, on ne choisit pas plus sa grosseur que son handicap. Et, dans les deux cas, il y a besoin d’adaptation. Mais la comparaison s’arrête à peu près là. Les enjeux de chaque groupe leurs sont majoritairement propres. Persister à les confondre est aussi dommageable qu’inefficace et nuit à toutes les personnes impliquées, mais aussi à la perception qu’on se fait d’elles.

Faut pas mêler les pommes et les oranges comme dirait l’autre…


Inversons les rôles. Imaginons que les personnes grosses bénéficient d’une protection légale et pas les personnes vivant avec un/des handicap(s). Est-ce que ça semblerait logique ou naturel de se retourner vers l’aspect de la grosseur pour défendre leurs intérêts ?

Se poser la question, c’est y répondre.

Et constater que les besoins de chaque groupe leurs sont propres. Et que de les amalgamer serait une grossière erreur pour toutes les personnes concernées.


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À propos de l'auteur(trice)

Edith Bernier

Fondatrice de Grossophobie.ca - Infos & référence, conférencière et consultante, elle lutte activement contre la grossophobie depuis 2017. Elle a écrit sur les préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) pendant 6 ans.

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