Grossophobie : l’enjeu féministe oublié

Billet inspiré et adapté de «Grossophobie : l’enjeu féministe oublié» avec permission.
Texte original publié le 8 janv. 2019 sur le blogue La Backpackeuse taille plus 

Note : il est important de rappeler que la grossophobie touche aussi les hommes. Le fait qu’il s’agisse d’un enjeu féministe n’en fait pas un enjeu uniquement féministe. (Mais ça, c’est une autre histoire.)


Avec le mouvement #MeToo, les féministes du monde entier se sont élevées contre la culture du viol. Mais cette popularisation du féminisme est-elle en train de faire perdre de vue des composantes essentielles du mouvement ? 


La grossophobie, enjeu profondément féministe

Dans un contexte de culture du viol, on utilise le corps des femmes comme si elles étaient là pour assouvir les besoins des hommes.”

Mais, sur de nombreuses tribunes, on semble occulter un détail important. Dans ces façons d’utiliser le corps des femmes comme si elles étaient là pour assouvir le besoin des hommes, on compte aussi le fat-shaming et la grossophobie. Et l’ensemble des comportements et idées associés à liés à la culture de la diète («diet culture»). Bien que les parallèles à faire entre ces deux enjeux sont multiples, ils sont rarement démontrés.


Qu’est-ce que la diet culture («culture de la diète») ?

En voici quelques exemples * :

  • la valorisation de la perte de poids et de la minceur ;
  • l’augmentation de la «valeur» / du «statut» d’une personne par la perte de poids et/ou l’atteinte de la minceur ;
  • l’association de la minceur à la vertu (en opposition à un poids plus élevé, qui, dans ce contexte, est associé au laisser-aller, à la déchéance, au manque de volonté, de force morale) ;
  • le jugement associé à certaines pratiques alimentaires (choix des aliments, portions, etc.).

«Devoir» de minceur

À l’image de la culture du viol, la culture de la diète consiste à maintenir un sentiment d’inadéquation de la femme.. Ce sentiment maintient cette dernière en position de soumission, de faiblesse. 

La diet culture martèle que le corps de beaucoup de femmes n’est pas «adéquat». Et que la seule personne à blâmer pour ce corps incorrect est soi. Du même souffle, on propose de «remédier» à cette situation en s’imposant – ou en se faisant imposer – un état de privation. De punition.

Mais aussi une quête d’approbation, via l’atteinte de la désirabilité. Statut que l’on atteint par l’obtention et le maintien de la minceur.

Dans ce contexte, la femme «doit» aspirer à devenir mince ou à le rester. Pour être valable. Pour être désirable. Ce “devoir de minceur” naît, en grande partie, de la valeur qu’on donne au regard des autres.

Comme elle émane souvent du désir de plaire à l’autre, on tend à oublier que cette pression vient aussi des femmes elles-mêmes. Du regard qu’elles posent sur les autres. Mais aussi de celui qu’elles posent sur elles-mêmes. En se dépréciant devant d’autres, les messages, destinés à soi, peuvent contribuer au sentiment d’inadéquation des autres.


Un féminisme pour toutes ?

Selon le dictionnaire Larousse, le féminisme est un «mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société.» 

Après (re)lecture de cette définition, il apparaît naturel que l’abolition de la culture de la diète soit un pas en avant dans un contexte [d]’amélioration […] des droits de femmes dans la société”. Et confirme la grossophobie comme un enjeu féministe incontournable.

De plus, une meilleure inclusion des personnes grosses et du phénomène de la grossophobie semble faire partie de l’évolution naturelle d’un féminisme qui cherche à se moderniser.
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* Inspiré d’un billet de la créatrice du podcast Food Psych.

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À propos de l'auteur(trice)

Edith Bernier

Fondatrice de Grossophobie.ca - Infos & référence, conférencière et consultante, elle lutte activement contre la grossophobie depuis 2017. Elle a écrit sur les préoccupations des femmes taille plus en voyage (sur La Backpackeuse taille plus) pendant 6 ans.

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